Lucrèce, philosophe et poète latin (vers 98-95 avant J. C.) est l'auteur d'un poème qui décrit le Monde selon les principes d'Epicure
"De rerum natura"
J'ai donc enseigné que les atomes, parfaits solides,
Volent à travers le temps, à jamais invincibles.
Mais dévoilons la suite : leur ensemble est-il limité
Ou non ? Et le vide que nous avons découvert,
Lieu ou espace en lequel s'accomplit toute chose,
Examinons s'il est entièrement fini
On s'ouvre à l'infini en un gouffre abyssal.
Le Tout, donc, n'est pas fini en aucune direction.
Sinon, il devrait avoir une extrémité.
Or, une extrémité, nulle chose n'en possède
S'il n'est rien au-delà pour la délimiter
En montant où notre vue cesse de la suivre.
Comme il faut admettre que hors de l'ensemble il n'est rien,
Le Tout est sans extrémité, donc sans fin ni mesure.
Peu importe la position qu'on y occupe,
De tous côtés, à partir de chaque poste,
On laisse toujours l'Univers infini
Mais supposons l'Univers comme un espace fini :
"Si quelqu'un courait jusqu'à ses deux rives extrêmes
Pour lancer un javelot, veux-tu que,
Brandi avec force, le trait s'envole
Au loin et qu'il atteigne son but,
Où penses-tu qu'un obstacle puisse l'arrêter ?
Oui, c'est l'un ou l'autre, il faut choisir,
Nulle échappatoire ni d'un côté ni de l'autre
L'Univers, tu dois l'admettre s'ouvre à l'infini.
Soit qu'un obstacle, en effet empêche le trait
D'arriver à son but et d'y fixer son terme,
Soit qu'il vole en dehors, il n'est point parti de la fin."
Fixe n'importe où les confins de l'Univers,
Partout je te poursuivrai avec cette question :
"Eh bien, qu'en est-il de la flèche ?"